Je pense qu'on a un réel soucis quand des mots supposés décrire des réalités factuelles, des situations avec des critères assez précis tout de même, deviennent de simples insultes.
J'entends par là que je retrouve régulièrement le fait que dire de quelqu'un qu'iel est de droite/a des idées de droite c'est parfois vu comme une insulte. Que des personnes se sentent insultées quand on leur dit que ce sont des TERF. Que des personnes se sentent insultés quand on leur dit qu'iels sont racistes par ex
On perd du sens parce que le mot devient interchangeable : être un connard et être de droite c'est la même chose.
On le minimise parce qu'on perd le sens : être un connard et être de droite c'est donc aussi grave.
Ensuite on l'individualise : être de droite c'est pas une idéologie acceptée de façon consciente par la personne ou non, c'est être un connard.
Et du coup on le prend personnellement : être de droite est un mal en soit et pas un mal par ce que ça cause.
Alors je vais dire un truc qui sorti de son contexte va mal sonner : être de droite ou même être une TERF c'est pas un mal en soit.
Ce qu'est un mal c'est ce que ça cause. Si vous prenez ces mots comme des insultes personnelles vous passer à côté de leur sens.
Ce qui fait qu'être une TERF c'est mal c'est qu'être une TERF ça veut dire exclure les femmes trans (principalement), ça veut dire participer à leur mise au banc de la société.
Ces mots arrivent dans un contexte, pour les TERF c'est donc l'exclusion des femmes trans (et aussi un peu des hommes trans) par des femmes cis au nom du féminisme. Si pour vous "être une TERF" = "être transphobe" = "être un connard" vous êtes à côté de la plaque.
J'ajoute aussi l'inverse : utiliser des insultes pour décrire des TERF ou des mots comme "pas safe" ou "problématiques" pour décrire ce qui relève de l'oppression c'est aussi de la minimisation.
On a besoin de nommer ce qui se passe. Pour ça on a besoin de passer par le mot qui lui correspond. On peut pas trouver un mot qui permet de décrire tout ce qui peut être relatif à des oppressions sans les minimiser parce que les oppressions ont des mécanismes et des symboliques différentes.
Tenter de tout regrouper sous un mot c'est dire "finalement c'est tout pareil, tout aussi violent". C'est aussi perdre en précision, perdre que c'est "problématique" parce que lié à une oppression.
Au final on se retrouve avec des gens qui trouvent problématique de gueuler sur les cis. Avec des gens qui considèrent qu'une action est mauvaise en soit, de la même manière, indépendamment de son contexte. On regroupe sous des mêmes mots des violences différentes, plus ou moins justifiées, plus ou moins intenses parce que ce sont des violences.
@Luna est-ce que ce que tu écris est lié à mon dernier thread sur WT ?
@DarckCrystale Non, je te lis pas
@Luna ok, merci, désolée
@Luna ce ne sont pas des réalités factuelles, ce sont des catégorisations basées (ou non) sur des faits. Dans 95% des cas ce sont des interprétations subjectives de faits ou paroles sorties de leur contexte. C'est l'effet tribunal Twitter : on est jugé sur 140 à 280 caractères (encore pire quand la personne en face connaît le genre et l'origine ethnique, par ex., ça devient de la catégorisation intersectionnelle).
@Luna
Et puis il y a une façon de dire les choses. Selon le nombre de caractères ou de secondes de parole disponibles ça peut très vite se compliquer.
Par extension ça peut également être mal interprété, et donc, pris pour une insulte.
Tout ce que je viens de citer ne sont pas des insultes. Ces mots décrivent quelque chose, ils ne sont pas interchangeables. Globalement entre traiter quelqu'un de connard et le traiter de couillon vous avez un sens qu'est bien changé.
Entre dire de quelqu'un que c'est un connard et dire qu'il est de droite par contre...
Et en fait ce qui m'emmerde là-dedans c'est qu'on perd le sens initial et donc on le minimise.